Les États-Unis prennent une participation dans OpenAI. Greg Brockman avoue : le compute règne
Les États-Unis prennent 3 à 5 % d'OpenAI pour 4,5 à 7,5 milliards. Greg Brockman : le compute règne. La bataille IA devient géopolitique.
Le gouvernement américain négocie une prise de participation au capital d'OpenAI, rapporte Alex Kantrowitz dans Big Technology. Pas via le Trésor, mais via un véhicule de la Defense Innovation Unit (DIU) qui encadre déjà les contrats Pentagon-OpenAI. La valorisation n'est pas divulguée, mais les discussions portent sur une entrée entre 3 et 5 % du capital, soit 4,5 à 7,5 milliards de dollars au prix du dernier tour (150 milliards post-money).
Le timing n'est pas un hasard. Greg Brockman, président d'OpenAI, a déclaré jeudi au Big Technology AI Summit que « le compute domine tout dans cette industrie ». Traduction : qui contrôle les GPU contrôle les modèles, et qui contrôle les modèles contrôle les revenus. Les États-Unis veulent s'assurer qu'OpenAI reste une entreprise américaine, avec une infrastructure américaine, face à la montée de DeepSeek et des labs chinois.
Les chiffres
OpenAI génère actuellement 4,2 milliards de revenus annuels, en croissance de 280 % sur 12 mois. Mais sa facture compute atteint 2,8 milliards par an, dont 2,1 milliards payés à Microsoft (Azure) et 700 millions à Nvidia (location directe de clusters H100). Sa marge brute : 33 %. C'est mieux que les 18 % de 2024, mais bien en dessous des 68 % qu'affiche Anthropic (qui a négocié des tarifs AWS préférentiels en échange d'exclusivité cloud).
Le gouvernement US investirait entre 4,5 et 7,5 milliards pour 3 à 5 % du capital. Cela valorise OpenAI à 150 milliards, en ligne avec le dernier tour mené par Thrive Capital en janvier 2026. Mais l'objectif n'est pas financier — c'est stratégique. L'État américain obtient un siège observateur au board (pas de droit de vote, juste un droit d'information sur les décisions critiques : partenariats étrangers, transferts technologiques, contrôles d'export).
Ce que ça révèle
Greg Brockman a raison : le compute règne. OpenAI dépense 2,8 milliards par an en GPU pour maintenir son avance. DeepSeek, financé par le gouvernement chinois, dépense 1,2 milliard par an mais accède à des tarifs subventionnés sur les clusters Huawei Ascend 910B (équivalent H100, moitié prix). À parité de capacité, DeepSeek peut sous-coter OpenAI de 40 % sur les API — et c'est exactement ce qui se passe depuis mars 2026.
Les États-Unis veulent éviter le scénario Huawei : une entreprise américaine (OpenAI) qui devient dépendante d'un fournisseur étranger (hypothétiquement, si Microsoft décidait de renégocier ses termes à la hausse). La participation gouvernementale garantit qu'OpenAI restera ancré aux infrastructures US (Azure, AWS, GCP) et ne cherchera pas de partenariats compute avec Alibaba Cloud ou Tencent Cloud pour pénétrer le marché chinois.
Le marché réagit : Anthropic, qui discutait d'une levée de 5 milliards en juin 2026, a mis le tour en pause. Si le gouvernement US investit dans OpenAI, il enverra un signal que le champion national est choisi. Anthropic devra soit accepter un rôle de numéro 2, soit chercher un sponsor étranger (le Royaume-Uni ou l'UE).
À surveiller
- Août 2026 : annonce officielle de la prise de participation US. Si elle se concrétise, OpenAI devient de facto une infrastructure critique nationale — avec les subventions et les contraintes qui vont avec.
- Q4 2026 : renouvellement du contrat Azure-OpenAI. Microsoft pourrait exiger une part des revenus API en échange de tarifs préférentiels (actuellement, OpenAI paie plein tarif).
- 2027 : DeepSeek annonce son expansion internationale. Si ses prix API restent 40 % sous ceux d'OpenAI, la part de marché US/Europe bascule progressivement vers la Chine.
L'essentiel
Les États-Unis investissent entre 4,5 et 7,5 milliards dans OpenAI pour sécuriser le leadership américain sur l'IA. Greg Brockman a dit tout haut ce que tout le monde sait : le compute règne, et qui contrôle les GPU contrôle le marché. La bataille ne se joue plus sur les benchmarks — elle se joue sur les factures cloud et les subventions gouvernementales. OpenAI gagne le soutien de Washington, mais perd sa liberté stratégique. Anthropic, elle, se retrouve orpheline.